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Il s’agit d’une collection presque complète des cônes actuels (Mollusques Gastéropodes) répertoriés dans le Monde et décrits entre 1758 (début de la nomenclature binominale) et les premières années de l’an 2000. Au total, près de 12.000 spécimens répartis dans un peu plus de 900 formes (? populations) différentes (sur un peu plus de 1000), correspondant à des espèces possibles (environ 800), des sous-espèces probables (environ 60) ou de simples formes (variétés) écologiques plus ou moins bien typées (environ 50), parfois en cours d’évolution vers la spéciation.
La totalité de ces quelques 900 taxons actuels sont représentés, en tout premier lieu, dans un ensemble de référence légué en donation au Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle (M.L.R.), comprenant un exemplaire de chaque population, aussi typique que possible et souvent de belle taille et de belle qualité pour l’espèce en même temps. Ces coquilles servent aussi d’exemplaires figurés pour un travail archivé, en évolution, qui se présente sous forme d’un fichier de données ; celui-ci tente d’être le plus complet possible, pour cette famille.
La collection dont il est fait donation au MLR comprend en outre la totalité des lots de cônes jeunes (subadultes) et juvéniles, qui n’a probablement que peu d’équivalents dans le Monde. Ces petits exemplaires sont en effet délaissés par les amateurs, d’une part, et se retrouvent hélas le plus souvent dans les « angles morts » des récoltes des professionnels en mission, d’autre part. D’où le manque crucial de ce matériel dans nombre de Laboratoires et de Muséums du Monde qui peuvent, par ailleurs, détenir des collections prestigieuses pour la famille des Conidae. La présente collection de jeunes, subadultes et juvéniles comprend environ 650 lots regroupant près de 1600 spécimens appartenant près de 350 espèces et (ou) sous espèces différentes. La collection cédée au M.L.R. englobe également tous les lots de cônes fossiles, environ une cinquantaine d’espèces.
Enfin, pour le reste des Conidae appartenant à la collection Georges Richard, le matériel est réparti entre le M.L.R. (plus de la moitié), l’Université du Costa Rica (UCR, San Pedro), et la collection souvenir conservée par la famille. Cette dernière fraction reste accessible pour études ou expositions. Ils sont listés dans l’inventaire avec la mention « collection personnelle », tandis que les lots légués à nos collègues du Costa Rica sont listés « UCR » , enfin, les lots déposés au Muséum de La Rochelle sont listés avec la mention M.L.R. Une salle entière du Muséum rénové de La Rochelle exploite dès à présent quelques centaines de spécimens de ce matériel pour illustrer auprès du public la grande diversité et la biogéographie des cônes dans leur environnement récifal. Une autre partie est utilisée à des fins pédagogiques, dans des manipulations réalisées avec des étudiants dans une salle de travaux pratiques au sein du MLR. Le reste du matériel légué au MLR est rangé dans les réserves du Muséum, dans un même local séparé en trois fractions, chacune organisée par ordre alphabétique des espèces: la collection de références, la collection de jeunes et juvéniles et la collection générale.

LES PROVENANCES DE LA COLLECTION


Une grande partie du matériel correspond à des récoltes de première main de Georges Richard, de ses collégues (collaborateurs professionnels) et (ou) de ses connaissances directes. Les principaux récolteurs sont en effet:
Une autre partie correspond à des échanges réalisés en particulier dans les bourses de l’Association Française de Conchyliologie, dans le cercle de collectionneurs de Charente maritime et de Vendée, ou au cours de voyages outre-mer (Polynésie, Costa Rica), plus rarement avec des Muséums d’Histoire naturelle, des Instituts ou des Universités. Enfin, une partie de la collection correspond à des achats généralement réalisés dans les bourses de l’A.F.C., ou auprès de marchands, souvent amis, dont les principaux (liste non exhaustive) sont les suivants: Que tous ceux qui ont contribués, de quelque manière, à la constitution de la présente collection, soient vivement remerciés pour leurs apports respectifs. Trop nombreux pour être nominalement cités dans cette présentation, ils sauront ici se reconnaître.

POURQUOI ETUDIER LA FAMILLE DES CONIDAE


UNE GRANDE BIODIVERSITE, EN REGARD DE NOMBREUX ATTRIBUTS, LES PREDISPOSENT A SERVIR DE MODELES EN RECHERCHE :
CECI REQUIERT UNE TAXONOMIE DU GROUPE BIEN ETABLIE.



La famille des Conidae (Fleming, 1822) appartient aux mollusques gastéropodes prosobranches. Avec les Turridae et les Terebridae, ils constituent la superfamille des Conoidea : tous ces animaux paralysent leur proie grâce à un appareillage buccal hautement spécialisé pour injecter du venin à l’aide de dents radulaires modifiées en harpons. Les premier Conidae (genre Conorbis) sont apparus il y a environ 60 millions d’années, au début de l’Eocène, à partir d’un ancêtre appartenant à la même famille que les précurseurs des Strombidae actuels. L’ancêtre plus direct des cônes modernes est un membre de la famille des Turridae sensu lato. Au moment où le groupe a émergé, l’océan mondial était uniformément plus chaud, avec une température de surface supérieure à 22°C sur de grandes étendues aux basses latitudes. Ce fut au Lutétien qu’eut lieu l’une des premières grandes radiations de cette famille, avec l’apparition des genres Conospira, Cryptoconus, Hemiconus et Mamiconus : en France, il est possible d’en récolter un grand nombre d’espèces datant de cette époque, notamment dans le bassin parisien. Aujourd’hui, la famille des Conidae est très prospère dans son environnement naturel, enparticulier dans la province indo-Pacifique, mais aussi dans l’Atlantique tropical et dans la province panamique. Les espèces les plus abondantes de cônes sont facilement récoltées dans l’étage infralittoral de la zone inter-tropicale. Leur élégance naturelle et la grande variété de coloris de leurs coquilles les ont rendus très populaires au regard des amateurs, tandis que pour les chercheurs ils représentent désormais un matériel expérimental de plus en plus fréquemment utilisé. Le grand nombre de récoltes qui ont maintenant pu être accumulées et l’abondante littérature dévolue aux cônes en font des organismes idéaux et des modèles originaux pour des recherches, à la fois pour des études sur l’évolution et la biogéographie évolutive et pour le développement d’applications pharmacologiques basées sur la connaissance des venins et de leur mode d’action. La facilité avec laquelle les scientifiques peuvent maintenant voyager et obtenir du matériel en bon état et localisé de façon fiable, l’amélioration notoire de l’accès à la littérature scientifique et aux spécimens types dans les muséums, joints à la capacité accrue à pouvoir prospecter de nouveaux biotopes (dragages de la zone bathyale), sont les principales raisons pour lesquelles les dernières décades ont vu une telle augmentation des descriptions de taxons nouveaux pour la science (genres, sous-genres, espèces et sous-espèces) dans la famille des Conidae. Beaucoup de scientifiques et plusieurs amateurs éclairés extrêmement compétents ont tenté de proposer une taxonomie moderne des Conidae, avec des degrés divers quant au résultat. Bien que des ouvrages récents existent, points de départ indispensables pour tous les taxonomistes de cette famille, la situation actuelle n’est pas du tout satisfaisante, et des recherches vont se poursuivre sur bien des années encore, pour tenter d’améliorer nos connaissances de la systématique des Conidae et notamment son harmonie avec l’évolution de cette famille. Sur la base des connaissances du moment, et en prenant en compte les opinions de plusieurs spécialistes, on va tenter d’estimer le nombre d’espèces actuelles de cônes à au moins 700 (800 avec les sous-espèces), et au maximum autour de 900 (un peu plus de 1000 avec les rangs infra spécifiques consignables), espèces conjointes en une quarantaine de « groupes » en cours d’étude pour voir s’il s’agit de regroupements ayant un sens monophylétique. Dans le rangement de la collection, ces groupes sont en un premier temps traités, de façon arbitraire, comme s’il s’agissait de sous-genres, et un maximum de taxons « limites » sont élevés au rang d’espèce.

UN REGIME ALIMENTAIRE STRICT EXPLOITABLE EN ECOTOXICOLOGIE


Les cônes sont des carnivores à l’éthologie alimentaire relativement stricte. Sur la base de nombreuses études récentes, ils peuvent être divisés en trois principales catégories: les vermivores, qui se nourrissent principalement d’annélides polychètes (Eunicidae, Terebellidae, Sabellidae), les piscivores qui se nourrissent de poissons, et les malacophages qui se nourrissent de mollusques comme les Strombidae, les Cymatiidae et d’autres Conidae. LIM (1969) a estimé que 65% des cônes étaient des vermivores, 18% des piscivores et 16% des malacophages. Des études plus récentes ont eu tendance à confirmer globalement ces résultats. Cependant, il y a un petit nombre d’exceptions qui ne corroborent pas ces données, et plusieurs observations montrent que l’existence d’une quatrième catégorie devrait être considérée : des cônes omnivores, avec une alimentation bien plus variée. Toutefois, les Conidae étant des carnivores au régime alimentaire relativement strict, dont les proies sont situées à différents niveaux troph

UNE SOURCE PROLIFIQUE DE PEPTIDES BIOACTIFS


Les cônes paralysent leurs proies en projetant sur cette dernière des dents radulaires en forme de harpon, de véritables fléchettes empoisonnées utilisées pour injecter le venin : ce dernier bloque les synapses nerveuses de la victime aux jonctions neuro-musculaires. Le venin des cônes contient des petits peptides appelés conotoxines. Chaque cône produit un mélange de conotoxines qui a de multiples activités biologiques. En règle générale ces peptides ont une structure initiale hautement conservée et qui est secondairement modifiée en fonction des objectifs moléculaires impliqués dans leurs actions spécifiques. Le genre Conus représente une source presque inépuisable de produits à activité biologique, du fait de sa grande richesse spécifique, chaque espèce montrant une panoplie originale de conotoxines (ces dernières n’étant pas la seule catégorie de molécules intéressantes). Ainsi, les venins des cônes représentent un challenge dû à la fois au nombre de toxines qu’ils contiennent et à leur diversité pharmacologique. Par leur action pharmacologique sélective, ces conotoxines sont d’un immense intérêt pour les neurophysiologistes en quête d’outils sélectifs pour étudier la fonction nerveuse. Qui plus est, les conotoxines peuvent avoir de multiples applications de recherche, par exemple l’investigation des canaux ioniques par des toxines fluorescentes ou la cartographie de sites de liaison entre toxines et récepteurs ou canaux ioniques donnés. Dans cette voie, les conotoxines ont déjà largement contribué à améliorer notre compréhension du fonctionnement de certains canaux ioniques voltage-dépendants. Par voie de synthèse des peptides, la plupart des conotoxines peuvent maintenant être théoriquement obtenues en grande quantité pour une utilisation à grande échelle. Certaines de ces conotoxines ont un potentiel thérapeutique majeur. De fait, l’omega-conotoxine MVIIA est utilisée en neuropathie chronique et dans le cas de douleurs pernicieuses pour soulager des patients s’opposant aux traitements opioïdes. A ce jour, les venins d’une quinzaine d’espèces de cônes ont été plus ou moins bien étudiés. Etant donnée la biodiversité du genre Conus, et le nombre de conotoxines trouvé dans le venin de chacune des espèces étudiées, la recherche de nouvelles substances à activité biologique dans la famille des Conidae offre de très grandes promesses, avec notamment des retombées médicales, dermatologiques, et mêmes industrielles (nous pensons aux subtances antifouling)

POURQUOI A LA ROCHELLE


Le professeur Georges Richard est l’un des enseignants chercheurs fondateurs de l’université de La Rochelle et de sa filière en biologie, résolument orientée vers les sujets qui concernent l’océanographie, l’écologie marine et l’environnement littoral, localement et sur l’espace outre-mer. Les cônes pouvaient donc y trouver une place naturelle. Après avoir contribué à asseoir cet ensemble rochelais, depuis 1992, Georges Richard voulait aussi que se poursuivent, ou que soient mémorisées, localement, un certain nombre des recherches qui ont été initiées de par le Monde, ces dernières années, à partir de la famille des Conidae et pour certaines desquelles il a modestement mais directement contribué sur place. Les recherches de Georges Richard, sur la famille des Conidae, ont débuté de fait avec ses premières récoltes, alors qu’il était scientifique du contingent au Service mixte de contrôle biologique des armées en 1967, en Polynésie française. Tout d’abord uniquement faunistiques, les recherches de Georges Richard ont par la suite concerné la systématique au rang spécifique (ce qui lui a valu de décrire une dizaine d’espèces nouvelles), puis la biogéographie, et plus tard dans sa carrière une contribution à l’étude des venins. De nombreuses recherches sont encore poursuivies dans ce dernier domaine. A l’heure de faire valoir ses droits à la retraite, Georges Richard a mis en place, localement, les conditions qui pouvaient permettre la poursuite de ce type de recherches, si les enseignants chercheurs de l’université (re)trouvaient leur intérêt à l’étude de cette famille, dans un cadre de biogéographie évolutive et de structuration des populations qui convient parfaitement aux orientation du laboratoire de biologie associé au CNRS. L’aquarium de La Rochelle et la Société Coutant ont déjà eu l’occasion de collaborer à certains projets : cet « hôtel quatre étoiles » pour le matériel vivant en Conidae est incontestablement une plus value considérable pour le site rochelais, le cas échéant. Il restait donc à faire en sorte que le Muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle ne soit pas en reste. Cet établissement, qui fait honneur à la muséologie, possédait déjà un bon fond de collections « marines » en général, et malacologiques en particulier qui rendent de grands services pédagogiques et scientifiques au département universitaire chargé de développer la biologie marine, d’une part, et qui incitent à y déposer des collections dignes d’intérêt, d’autre part. L’occasion de grands travaux de rénovation de ce Muséum, autour des années 2000, est apparue à Georges Richard comme un moment très opportun pour faire donation d’une grande partie de ses collections professionnelles et privées (toutes familles de mollusques confondues). Le Muséum y trouvait ainsi l’intérêt immédiat d’exploiter une partie du matériel dans la refonte de ses expositions. Georges Richard, qui est resté rochelais après la cessation de ses activités, a vu ainsi une partie substantielle du travail d’une vie demeurer rassemblée localement de façon fiable, et a trouvé beaucoup de plaisir à poursuivre en dilettante quelques activités en recherche sur les cônes avec le Muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle, l’Université et plusieurs collègues extérieurs qui poursuivent désormais des recherches en génétique et (ou) en biochimie sur les cônes, parfois sur les bases de l’héritage rochelais des années 1990 et du début des années 2000. Les intérêts étaient donc multiples et bien partagés.

LE DONATEUR


Georges RICHARD, docteur es sciences, diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, a pris sa retraite à 62 ans, en octobre 2006, alors qu’il était Professeur des Universités au Département de Biologie du Pôle Sciences et Technologies de la jeune Université de La Rochelle, dont il a été l’un des fondateur en 1992. Les domaines d’intérêt de l’enseignant Georges RICHARD incluent les sciences de la vie, l’océanographie, la biologie des organismes et des populations, la biogéographie et l’évolution, d’une part, et la vulgarisation de la conchyliologie et de la malacologie, la muséologie et la vie associative (il est aussi l’un des fondateur de l’Association française de Conchyliologie), d’autre part. Le chercheur pour sa part s’intéresse à la systématique, la faunistique et la biogéographie des mollusques des zones littorales tropicales et de leurs peuplements associés; il se spécialise peu à peu au regard de la biodiversité, la systématique et la biogéographie des cônes du Monde entier, avec un regard plus poussé sur la Province indopacifique. Instituteur en Bretagne depuis la rentrée scolaire 1965, Georges RICHARD est appelé sous les drapeaux comme scientifique du contingent en 1967, aux Centres d’expérimentations nucléaires du Pacifique en Polynésie française. C’est là qu’il devient passionné de recherches, de Mollusques et de cônes. Après presque trois ans passés en Polynésie, à l’armée puis au Service Mixte de Contrôle Biologique des Armées, il rejoint en 1970 le laboratoire du Professeur Bernard SALVAT, à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris. Il y restera jusqu’à sa promotion rochelaise, en 1992. Au cours de sa carrière à l’Education nationale, Georges Richard, Officier dans l’ordre des Palmes Académiques, a réalisé une cinquantaine de missions dans une dizaine d’Etats ou TOM/DOM/POM et publié environ 140 travaux, rapports et publications. Il est aussi l’organisateur de quelques-uns des vingt Congrès et Symposiums auxquels il a activement contribué. Il a décrit une douzaine d’espèces nouvelles pour la science, dont une dizaine dans le genre Conus . .